Exposition

Une Maison pour l'éternité #1, 2015

Objets trouvés

Artistes : Rita Alaoui

Lieu : Galerie GVVC

Date : 8.10 I 12.11 I 2015

Commissariat : Salma Lahlou

Production : Galerie GVVC

Description

« Je suis persuadé que l’art est né non de formes inventées de toutes pièces, mais de celles auxquelles l’imagination pouvait donner une signification »

Brassai[1]


Pour sa deuxième exposition personnelle à la galerie GVVC, Rita Alaoui propose un dispositif basé sur l’idée de l’atelier-cabinet de curiosité et déploie une grande diversité de media - photographie, dessin, collage, peinture, sculpture et installation.

Rita Alaoui est à l’affut de ce qu’elle considère faire trace de notre existence, par les gestes simples du quotidien immanents à l’expérience sensorielle de notre environnement : flânerie urbaine, rencontres fortuites, observation contemplative.

Dans « la théorie des signes : la sémiotique » [2] Charles S. Pierce distingue 3 types de signes : l’icône (qui a pour référent la représentation), le symbole (qui se réfère à la convention) et l’indice (sur l’axe de la trace). Rita Alaoui adopte comme signe les indices de la vie terrestre et océanique : ossements de poissons et de mammifères marins, feuilles et algues séchées, noyaux de fruits, coquilles d’œufs de poulpes ou d’oursins, et autres reliques d’origine organique ou végétale, précieux témoignages de l’œuvre du temps et de la nature. Autant de formes directement issues de la nature, capables d’ébranler notre perception, de bousculer notre pensée et de fertiliser notre imaginaire. Dans la mesure où il n’y a pas de pensée sans signe, la démarche de Rita Alaoui entend indiquer une direction pour répondre à cette question :qu’avons-nous laissé sur le chemin de notre évolution ? Notre capacité à contempler, évaluer, comparer, réfléchir et nous interroger sur ce que nous voyons et ne voyons pas. Rita Alaoui revendique la capacité de chacun à dépasser sa condition de sujet pour celle de créateur. Elle « cherche, trouve, répertorie, et assemble ; ou ne cherche pas, trouve, collecte, puis elle dessine, coupe, peint, et sculpte. »

Cette fascination des artistes pour les objets de la nature transparait dans les années 1930. On pense bien évidemment à Charlotte Perriand et Fernand Léger, Brassai, Jean Cocteau ou encore le Corbusier, ces collecteurs fascinés par les « qualités plastiques éminentes, mais aussi un extraordinaire potentiel poétique »[3] de ces objets-sculptures. Rita Alaoui prête une attention particulière aux formes qui émanent du monde marin car comme Brassai, elle partage cette croyance que « la mer est un merveilleux sculpteur »[4]. Rita Alaoui se fond dans la nature, formant un tout avec elle.

Une fois dans son atelier, le hasard qui a influencé sa rencontre avec l’objet repart à zéro (mais le sentiment esthétique dure et ne la quitte pas). Elle dispose le tout sur une table, fait le tri, photographie, dessine, peint et sculpte. L’artiste va pétrir la terre elle-même, manuellement, la modeler pour contenir chaque objet choisi. « Il leur fallait à chacun une maison » dit-elle. Cette « maison » est généralement concave et arrondie comme le creux de la main. « La forme ronde transmettrait une idée de fécondité, de sensualité «sans doute parce que la terre, les seins d’une femme et la plupart des fruits sont arrondis, et ces formes sont importantes parce qu’elles ont cet arrière-plan dans nos habitudes perceptives» déclare Henry Moore, révélant ainsi le caractère fondamental de l’élément organique humain dans la création. »[5]

Elle dessine également, d’un trait net et franc sur fond noir. Elle utilise aussi du brou de noix sur papier kraft pour une composition plus spontanée. Elle peint enfin, fidèle à sa technique, jouant d’effets de transparence et d’opacité, entre coulures et surimpressions, usant de voiles successifs qui participent au sentiment d’un monde en constante évolution. Elle ajoute des collages et prend une nouvelle direction. Et d’images découpées, Rita Alaoui nous emmène dans l’imagerie photographique où l’indice, cette fois-ci, devient une trace laissée sur l’émulsion photographique par la lumière que renvoient les objets du monde à travers l’objectif.

Ainsi, sa réflexion sur la forme la conduit-elle à se pencher sur le mystère de l’existence. Elle construit un récit susceptible d’éclairer notre regard surce que nous sommes et sur ce qu’est le monde.Bien sûr, l’artiste ne prétend pas produire une vérité mais unevaleur relative quicroise intuition et connaissance, observation et imaginaire, représentations exactes et ensemble fantasmatique. Dans cette métamorphose picturale, dans ce « magasin d’images et de signes » dont parle Baudelaire, elle nous invite à emprunter le chemin de la mémoire et de l’imagination sur la formation de la vie, sur notre rapport à la terre nourricière, aux organisations humaines primitives et sur la quête de l’infini.


[1] : Brassaï (1899-1984), « Sculptures »,Brassai : sculptures, tapisseries, dessins, cat. exp., Paris, Galerie Verrière, 1972, inBrassai, cat. exp., Paris, Centre Pompidou, Musée national d’art moderne, 19 avril – 25 juin 2000, Paris, Les Editions du Seuil/ Editions du Centre Pompidou, 2000, p. 200.in Formes Simples, cat. exp, Centre Pompidou- Metz, 13 juin – 5 janvier 2015, Metz, Les Editions du Centre Pompidou Metz, 2014, p 201


[2] :  Ecrits sur le signe, rassemblés, traduits et commentés par Gérard Deledalle, Paris, Les Editions du Seuil, « L’ordre philosophique », 1978, p.120-191


[3] : Le Corbusier (1887-1965),inGeorges Charbonnier, « Entretien avec Le Corbusier »,Le Monologue du peintre, t.1 , Paris, René Julliard, 1959, rééd. Paris, Editions de la Villette, 2002, p 203-204,in Formes Simples, cat. exp, Centre Pompidou- Metz, 13 juin – 5 janvier 2015, Metz, Les Editions du Centre Pompidou Metz, 2014, p 200


[4] : Brassaï,Op.Cit.


[5] : Sandra Adam Couralet, « Formes génératrices » inFormes Simples, cat. exp, Centre Pompidou- Metz, 13 juin – 5 janvier 2015, Metz, Les Editions du Centre Pompidou Metz, 2014, p 172

Visuels